Conflits et changements climatiques : deux facteurs à l’origine des crises de choléra récurrentes au Nigéria

Le Nigéria est l’un des pays les plus durement touchés par le choléra dans la Région africaine de l’OMS. L’épidémie de 2021 est la pire jamais enregistrée dans le pays, avec plus de 110 000 cas suspects et 3 600 décès répartis dans 33 États (1,2). Un article récent de Gulumbe et al. a analysé les facteurs sous-jacents à la dynamique du choléra au Nigéria (1), soulignant que les conflits armés et la variabilité climatique amplifient la fréquence et la gravité des épidémies.

Cet article décrit comment ces deux facteurs jumeaux agissent par des voies distinctes mais se chevauchant. Les conflits (en particulier l'insurrection de Boko Haram dans le nord-est du Nigéria) détruisent les infrastructures d'eau, déplacent des millions de personnes vers des camps surpeuplés, dans des conditions sanitaires précaires, et paralysent les systèmes de surveillance sanitaire. Les aléas climatiques, tels que les inondations, peuvent contaminer les sources d'eau et perturber les services d'assainissement - les épidémies atteignent souvent leur pic pendant la saison des pluies. Les scénarios les plus critiques surviennent lorsque des chocs climatiques frappent des populations déjà fragilisées par les conflits, créant des situations d'urgence exacerbées qui dépassent les capacités des mesures de contrôle habituelles (1).

L’épidémie actuelle dans l’État de Borno illustre cette dynamique. Cet État se situe dans le nord-est du Nigéria, une région déjà confrontée aux effets de la variabilité climatique. Depuis début mai 2026, cet État a recensé plus de 12 000 cas suspects de choléra et au moins 95 décès. Ce bilan est largement dû à un système de santé fragilisé par des années de conflit, ce qui a entraîné des déplacements de population, la pauvreté et un accès limité à l’eau potable et aux services d’assainissement (3).

Les auteurs appellent à une transformation urgente de la gestion du choléra au Nigéria, préconisant des stratégies sensibles aux conflits et adaptées au climat, qui dépassent les approches traditionnelles de santé publique. Leurs principales recommandations comprennent le renforcement de systèmes d'eau, d'assainissement et d'hygiène résilients et adaptés aux risques régionaux ; l'intégration de systèmes d'alerte précoce, tenant compte du climat, à la surveillance des maladies ; le prépositionnement de fournitures et d'interventions ciblées dans les zones à haut risque ; l'implication des communautés ; et l'amélioration de la coordination entre les agences gouvernementales, les organisations humanitaires et les partenaires internationaux. L’étude souligne que, sans interventions adaptées au contexte, la lutte contre le choléra restera réactive et fragmentée, ce qui permettra aux épidémies évitables de persister (1).

Ukabia, CC BY-SA 3.0 <https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0>, via Wikimedia Commons

References

  1. Gulumbe BH, Abdulrahim A, Idris I, Saheed Y, Lawan KA. Recurrent outbreaks of cholera in Nigeria: a narrative review on the role of conflict and climate change. J Water Health. 2026 Feb;24(2):221–38. doi:10.2166/wh.2026.233 PubMed PMID: 41764393.
  2. World Health Organization. Cholera case and death numbers by country. The Weekly Epidemiological Record [Internet]. Available from: https://www.who.int/wer/en/
  3. Médecins du Monde. Médecins du Monde Mobilizes Rapid Emergency Response as Severe Cholera Outbreak Escalates Across Borno State [Internet]. 2026 Jun. Available from: https://www.medecinsdumonde.org/en/news/cholera-outbreak-borno-state-medecins-du-monde-response/